Actualité

Entretien avec l’organisation "Himayatek" pour la protection du consommateur

L’équipe d’Autobip, a eu l’occasion d’interviewer le président de l’organisation "Himayatek" pour la protection du consommateur, Maitre Aissaoui Mohamed, afin d’évoquer avec lui la situation du marché automobile Algérien et son avenir.

Voici l’entretien effectué entre l’équipe d’Autobip et l’organisation « Himayatek » pour la protection du consommateur.

Autobip : Nous vous remercions pour votre accueil, nous venons vers vous pour parler du marché automobile algérien avec votre association « Himayatak ». Pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Himayatek : Aissaoui Mohamed, avocat et président de l’organisation « Himayatek » pour la protection du consommateur, une association nationale présente dans 48 Wilayas et qui défend le consommateur à travers la sensibilisation mais aussi via des actions en justice, visant à protéger le consommateur dans ses droits matériel et moral.     

Un marché tristement vide 

Autobip : Merci Me Aissaoui, concernant le marché automobile, depuis la décision de l’arrêt des importations de véhicules neufs en 2017, le marché de l’automobile en Algérie ne s’est pas encore relevé, malgré les usines de montage qui ont limitée la casse en apportant un cumul de moins d’un demi-million de véhicules sur plusieurs années d’activité. Cela semble définitivement insuffisant… Que pensez-vous du marché automobile algérien des 3 dernières années ? Comment le consommateur en a souffert ?

Himayatek : Premièrement, concernant les usines de montage automobile en Algérie, le pays a raté une étape très importante, dans le processus de lancement d’une industrie automobile en Algérie qui est la mise en place d’un tissu de sous-traitance, avant de lancer des usines. Cela n’a pas été fait.

Ensuite, on se dirige aujourd’hui à nouveau vers l’importation, malheureusement, le ministère de l’industrie agit seul, sans concertation d’acteurs pouvant l’aider dans le processus de décision, par exemples des associations comme « Himayatek ». Concernant l’importation, le consommateur algérien veut acheter un véhicule à son juste prix, pas moins cher qu’ailleurs, pas plus cher qu’ailleurs. La situation du covid19, l’arrêt des usines de montage, a eu un impact direct sur la disponibilité et le prix des véhicules. Le problème majeur est le manque total de visibilité, le consommateur achète à un prix dépassant ce qui se fait ailleurs, de loin. Ce dernier reste la première et la dernière victime.  

Absence de visibilité et flou concernant l’avenir

Autobip : Justement, en Mai 2020, l’état Algérien a annoncé la reprise de l’activité d’importation automobile et la réflexion sur un cahier des charges pour cette dernière. Le cahier des charges est sorti en Septembre 2020. Actuellement, il y a officiellement 7 autorisations provisoires et aucun agrément final de concessionnaire dévoilé. A quand estimez-vous la relance du marché ? Est-ce que encore envisageable en 2021 ?

Himayatek : Encore une fois, nous n’avons aucune visibilité, avec des décisions qui manquent de transparence. Pourquoi jeter le flou, là ou il ne devrait pas y avoir de flou, le cap devrait être bien définit et bien tracé par le ministère de l’industrie. Nous constatons également une lenteur très prononcée dans le processus de décision, il est apparent que ce n’est pas la priorité des pouvoir publics. Malheureusement, c’est une priorité pour le consommateur, à l’inverse de certaines déclarations, car en absence de transports en commun suffisants et efficaces, le véhicule personnel reste une priorité pour le consommateur. Qui veut acheter un véhicule avec son juste prix.

Flambée généralisée des prix

Autobip : Toujours concernant ce cahier des charges de l’activité de concessionnaire automobile, beaucoup d’experts économiques disent qu’il est trop contraignant et qu’il va forcément impacter le prix des véhicules neufs. Ce dernier, ayant déjà fortement augmenté depuis l’arrêt des importations. Par exemples une Seat Ibiza qui était affichée à 130u en 2014 a dépassé les 200u en 2018… Une Picanto avoisinant les 120u en 2014 a de son coté frôler les 200u et même chose pour la Clio. Comment imaginez-vous les prix des prochains véhicules importés ?

Himayatek : Les prochains véhicules importés connaîtront une flambée généralisée des prix, car la demande dépasse de loin l’offre. Le prix ne peut être régulé qu’avec des décisions de fond, par exemple relancer effectivement les vrais projets industriels du pays, en commençant par la sous-traitance. On ne peut pas avoir d’industrie automobile, sans sous-traitance. Il faut avoir une démarche stratégique. En parallèle, il est impératif de satisfaire la demande du marché, sinon c’est la spéculation et la hausse généralisée des prix, comme actuellement.

Une prochaine offre à priori insuffisante

Autobip : Le quota général des prochaines importations de véhicules neufs est estimé à 2 milliard de dollars, en incluant les voitures, bus, camions, engins, utilitaires… Comment imaginez-vous la quantité et la disponibilité à venir ?

Himayatek : La disponibilité et la quantité ne sera pas suffisance, il faut des décisions plus fortes avec une offre conséquente pour réguler le marché. Ce n’est pas une politique de goute à goute qui va le faire, ce n’est pas pour préserver une partie des réserve de change qu’il faut sacrifier une chose aussi importante pour le consommateur algérien, il faut un juste milieu en tout.

Un marché parallèle plein de choses négatives

Autobip : Concernant la disponibilité justement, en tant qu’association de consommateur, avez-vous eu des réclamations de la part de clients concernant des problèmes concernant l’automobile durant ses dernières années ?

Himayatek : La nature a horreur du vide, le marché parallèle a nettement pris le dessus, avec tout ce que ça implique comme choses négatives. Prix excessifs, arnaques etc.  

Des décisions et contre-décisions

Autobip : A un moment, il était question du retour à l’importation de moins de 3 ans, puis ça semble être annulé. Etait-ce une bonne alternative d’après vous ? Surtout concernant le souci de devise étrangère et de service après vente ?

Himayatek : Ce genre de décision et contre/décision n’offre aucune visibilité, tant pour le consommateur que pour les investisseurs voulant intégrer le secteur de la voiture d’occasion, qui est très porteur, qu’il faut encourager et professionnaliser. Encore une fois, avec la nécessité de mettre en place un tissu de sous-traitance, qui sera ensuite là, lors de la naissance d’une vraie industrie automobile en Algérie. Le flou régnant sur le sujet, ne sert pas les intérêts du consommateur.

Le marché automobile algérien peut encore être sauvé

Autobip : Enfin, l’état Algérien a décidé parallèlement l’arrêt des usines CKD/SKD pour viser une vraie industrie automobile ? Cela semble-t-il réalisable ? A quelle échéance ?

Himayatek : Tout est réalisable, avec la bonne démarche stratégique, c’est un parcourt long, c’est des décisions de maintenant qui prépareront l’industrie de demain. La sous-traitance étant la première étape. Malheureusement, l’absence de visibilité et de stratégie rend cela difficile.

Les méthodes doivent changer

Autobip : Avez-vous quelque chose à ajouter sur le futur du marché automobile algérien ?

Himayatek : Nous avons raté l’étape de la mise en place de la sous-traitance automobile dans notre quête d’industrie automobile. Nous devons apprendre de nos erreurs pour pouvoir avancer avec une bonne démarche, il faut une stabilité juridique et non des lois qui changent au bout de 6 mois, il faut impliquer tout le monde, associations de protection du consommateur, partenaires sociaux. Avec une bonne feuille de route, c’est réalisable à moyen terme. 

C'était notre interview, avec maitre Aissaoui Mohamed, président de l’organisation « Himayatek » pour la protection du consommateur. 

Rédacteur
Attiré par l’automobile depuis mon plus jeune âge et passionné par tout ce qui roule, spécialement si ça fonctionne au sans plomb.

Articles similaires

Commentaires facebook