Motrio en Algérie : une stratégie fondée sur la production locale, l’innovation technique et les partenariats industriels


Dans un entretien accordé à Guy-Olivier Ducamp, directeur général de la marque Motrio, par Autobip et plusieurs confrères de la presse, en marge du salon Equip Auto Algeria 2026, le responsable a dévoilé les grandes lignes de la stratégie de la marque en Algérie, revenant sur son évolution depuis le lancement de ses activités sur le marché local il y a environ trois ans, ainsi que sur les principales actions actuellement en cours.
En effet, le directeur général de la marque Motrio a expliqué que le démarrage de Motrio en Algérie reposait sur un choix réfléchi, consistant à s’orienter vers des produits de maintenance mécanique simple, tels que les huiles, les liquides et les filtres, en raison de leur forte demande sur le marché et de leur adéquation avec les capacités industrielles locales disponibles. Cette orientation a permis d’établir une base initiale solide, en s’appuyant sur un tissu économique et industriel capable d’accompagner ce type de produits.
Au cours de cette période, la marque Motrio a réussi à développer un réseau de 143 ateliers indépendants équipés de systèmes de gestion (DMS) et d’outils de diagnostic, contribuant ainsi à l’amélioration de la qualité des services proposés. Toutefois, le développement de ce réseau et l’augmentation du nombre de véhicules pris en charge ont fait émerger de nouveaux besoins, dépassant la simple maintenance pour inclure des produits plus techniques et complexes.
Par ailleurs, M. Guy-Olivier Ducamp a indiqué que cette évolution a conduit Motrio à envisager une nouvelle phase, axée sur l’introduction de produits à caractère technique et sécuritaire, nécessitant un niveau d’expertise plus élevé, notamment en matière de recherche et développement. Dans ce cadre, un modèle de coopération entre entreprises algériennes et européennes a été élaboré ces derniers mois, afin de combiner les capacités de production locales avec le savoir-faire technique.
Dans ce cadre, le directeur général de la marque Motrio a précisé que ce travail collaboratif a débuté il y a plusieurs mois, avec un lancement des premiers produits prévu à partir du mois de septembre prochain, en mettant l’accent sur des composants mécaniques sensibles tels que les systèmes de freinage et les embrayages, qui exigent des standards de qualité élevés.
En évaluant les résultats obtenus, M. Guy-Olivier Ducamp a affirmé que le bilan est positif à ce jour, avec un volume d’activité dans le domaine des pièces de rechange atteignant environ un milliard de dinars, soit l’équivalent de 10 millions d’euros au cours de l’année en cours, reflétant un démarrage solide réalisé en un laps de temps relativement court.
Il a également souligné que le choix de la production locale, adopté dès le départ, n’était pas une décision facile, mais reposait sur la conviction de la nécessité de fournir rapidement des produits de qualité répondant aux exigences du marché algérien, caractérisé par un besoin immédiat en pièces et services. Dans ce contexte, Motrio s’appuie sur un système rigoureux de contrôle qualité, comprenant des audits réguliers tous les deux mois et un suivi continu du respect par les fournisseurs des cahiers des charges techniques du groupe Renault, avec un accent particulier sur l’investissement humain dans les domaines de l’ingénierie et de la qualité.
Sur le volet formation, le responsable a annoncé le lancement d’un programme visant à équiper les garages d’outils de diagnostic modernes en collaboration avec la société Texa. Une première tranche de 50 appareils a été acquise, avec une extension progressive prévue pour couvrir un plus grand nombre d’ateliers. Il a précisé que cette initiative s’accompagne d’une formation obligatoire destinée aux techniciens travaillant dans les ateliers, et non uniquement à leurs responsables, afin de garantir une utilisation effective et optimale de ces équipements.
Concernant l’évolution du marché algérien, notamment avec la reprise des importations de véhicules et l’apparition de nouvelles voitures immatriculées, il a indiqué avoir constaté lors de sa dernière visite la présence d’un nombre important de véhicules récents, jusque-là peu répandus, traduisant une transformation du parc automobile national. Il a ajouté que cette évolution incitera Motrio, à terme, à élargir sa couverture à d’autres marques, comme c’est le cas en Europe, une fois son offre actuelle consolidée.
Enfin, il a abordé le rôle de Motrio dans la promotion des partenariats industriels, en indiquant que la marque a contribué à encourager l’entreprise italienne LPR, fournisseur du groupe Renault y compris pour certaines applications en première monte (First Mount), à nouer un partenariat avec un acteur algérien.
Il a expliqué que cette initiative découle du constat d’un écart entre les capacités de production locales et le manque d’expertise en recherche et développement, notamment pour les produits à caractère sécuritaire. Ainsi, la coopération entre les deux parties a été favorisée, LPR apportant plus de vingt ans d’expérience dans les systèmes de freinage, tandis que le partenaire local dispose des moyens industriels nécessaires.
Il a ajouté que le rôle de Motrio a consisté à rapprocher les deux parties et à encourager leur collaboration jusqu’à la conclusion d’un accord pour la création d’une coentreprise, combinant production locale et expertise technique européenne. Ce modèle permet de tirer parti des atouts de chaque partenaire, tout en assurant la disponibilité locale de produits de haute qualité et en réduisant les délais d’approvisionnement liés à l’importation.
Il a enfin souligné que le choix de LPR repose sur une relation de travail antérieure et une confiance mutuelle, l’entreprise ayant démontré sa capacité à fournir un soutien dans des situations complexes et à respecter les standards industriels requis, ce qui en fait un partenaire fiable pour ce type de projet.
Ainsi, Motrio poursuit le développement de sa présence en Algérie à travers une stratégie basée sur la progression, la production locale, la formation et les partenariats industriels, dans un contexte de marché en pleine mutation nécessitant une capacité d’adaptation constante.

